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Au quotidien

Les dix commandements
du chef d'entreprise.

La forme est un moyen mnémotechnique ; ce qu'il y a dessous ne l'est pas. Aucun de ces points ne relève du montage. Ce sont des gestes de tous les jours — une note de restaurant, une carte bancaire, un coffret de fin d'année, un retrait sur le compte courant. Pris isolément, ils sont dérisoires. Ce sont pourtant eux que l'on examine en premier, et leur accumulation sur trois exercices fait le montant.

Pourquoi ces points-là

Ce n'est pas le montant qui fait le risque.

Un déjeuner mal justifié coûte quelques euros d'impôt. Mais la dépense réintégrée est le plus souvent qualifiée de revenu distribué chez celui qui en a profité : elle est donc imposée une seconde fois, à titre personnel, avec prélèvements sociaux et majorations.

Et un poste mal tenu attire l'attention sur le reste. C'est la raison pour laquelle ces points méritent trente secondes au moment où l'on engage la dépense, plutôt qu'une demi-journée de reconstitution trois ans après.

Un dernier mot sur ce qui est hors de propos ici : vous êtes libre de gérer. Un investissement raté ou un pari commercial perdu ne sont pas des actes anormaux, ce sont des risques d'entrepreneur. La limite n'est pas la mauvaise décision — c'est la décision étrangère à l'intérêt de l'entreprise.

Le décalogue

Le réflexe, et ce que ça coûte.

Chaque commandement tient en deux phrases : ce qu'il faut faire au moment où la dépense est engagée, et ce qui se passe si on ne l'a pas fait. Le dixième est le principe dont tous les autres découlent.

01

Tes patrimoines tu sépareras.

Séparation des patrimoines

Le réflexe — Un compte pour la société, un compte pour vous. La carte de la société ne règle jamais une dépense privée, même avec l'intention de rembourser le lendemain.

Ce que ça coûte — C'est le fait matériel qui alimente à la fois l'acte anormal de gestion et l'abus de biens sociaux. Un relevé bancaire suffit à l'établir.

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02

Tes convives tu nommeras.

Repas d'affaires et frais de réception

Le réflexe — Noter au dos de la note, le jour même : la date, le nom des participants, l'entreprise qu'ils représentent, et le motif en quelques mots.

Ce que ça coûte — Sans ces mentions, la dépense n'est pas justifiée. Elle est réintégrée au résultat, puis imposée une seconde fois comme revenu distribué chez celui qui en a profité.

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03

Tes bénéficiaires tu recenseras.

Cadeaux d'affaires et cadeaux aux salariés

Le réflexe — Côté clients : liste nominative avec date et valeur, dans un compte distinct des objets publicitaires. Côté salariés : contrôler le montant avant l'attribution, salarié par salarié et événement par événement.

Ce que ça coûte — La TVA n'est déductible que sous un plafond apprécié par bénéficiaire et par an — plusieurs petits cadeaux au même client s'additionnent. Et côté salariés, un dépassement de la tolérance fait tomber l'exonération au premier euro, pas seulement sur l'excédent.

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04

Débiteur jamais ton compte courant ne sera.

Compte courant d'associé

Le réflexe — Surveiller le solde en cours d'exercice, pas en avril suivant. Il s'apprécie à tout moment, pas seulement à la clôture.

Ce que ça coûte — Dans les SARL, SA et SAS, le découvert consenti à un dirigeant personne physique est interdit. Fiscalement, la somme est reprise deux fois : dans le résultat et dans le revenu personnel.

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05

Tes conventions tu écriras.

Opérations avec les dirigeants et les sociétés liées

Le réflexe — Toute opération — loyer, prestation, avance, cession — passe par une convention écrite, à des conditions de marché, approuvée quand elle doit l'être.

Ce que ça coûte — Un loyer excessif, une avance sans intérêt ou une vente à prix minoré prive l'entreprise d'une recette sans justification. C'est la définition de l'acte anormal de gestion.

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06

L'usage privé tu déclareras.

Véhicules et biens à usage mixte

Le réflexe — Tenir la trace de l'usage professionnel, et déclarer l'avantage en nature lorsque le bien sert aussi à titre privé.

Ce que ça coûte — L'usage privé non déclaré d'un bien de la société est un avantage occulte. Il est repris chez le bénéficiaire, avec majorations.

07

Ta pièce justificative tu conserveras.

Justificatifs, notes de frais et factures d'achat

Le réflexe — Un justificatif par dépense, au nom de l'entreprise et portant les mentions obligatoires. Si vous dématérialisez, photographier le verso quand l'information utile y figure.

Ce que ça coûte — Sans pièce conforme, la dépense n'est pas déductible et la TVA n'est pas récupérable — même si la dépense est réelle et professionnelle. Un ticket de caisse anonyme ne vaut pas facture au-delà d'un montant modeste.

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08

Tout taux autre que vingt tu justifieras.

Les taux de TVA

Le réflexe — Le taux normal est de 20 %. Tout autre taux doit pouvoir être rattaché à un texte visant expressément l'opération — et le rattachement se fait ligne par ligne, pas facture par facture.

Ce que ça coûte — Un taux réduit appliqué à tort se rappelle sur toute la période vérifiée. Le complément n'est pas récupérable auprès de vos clients : il reste à votre charge, avec intérêts et majorations.

09

Ta numérotation continue tu tiendras.

Vos propres factures de vente

Le réflexe — Numérotation chronologique sans rupture ni doublon, et toutes les mentions obligatoires. La facture s'établit dès la réalisation de l'opération.

Ce que ça coûte — Une numérotation trouée invite à chercher ce qui manque. Et la réforme de la facturation électronique ajoute quatre mentions à partir du 1ᵉʳ septembre 2026.

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10

L'intérêt de l'entreprise tu serviras.

La déductibilité d'une charge — le principe dont tous les autres découlent

Le réflexe — Cinq conditions, cumulatives : la dépense est engagée dans l'intérêt de l'exploitation ; elle diminue l'actif net ; elle est effective et appuyée d'un justificatif suffisant ; elle se rattache à l'exercice ; et aucune disposition ne l'exclut expressément.

Ce que ça coûte — Il suffit qu'une seule manque. Les exclusions expresses visent notamment les amendes et pénalités, et les dépenses somptuaires — chasse, pêche, résidences d'agrément, bateaux de plaisance — jamais déductibles, quel que soit le lien avec l'activité.

Aller plus loin

Le détail se lit commandement par commandement.

Sept de ces dix points renvoient à une note détaillée — cinq notes en tout, certaines couvrant plusieurs commandements. Le lien figure sous le commandement concerné, ci-dessus : c'est là qu'il sert, au moment où la question se pose.

Voir les douze notes

Visuel à fournir — bureaux du cabinet, 900 × 1125 px

S'il ne fallait en retenir que trois

Trois réflexes, une ligne chacun.

Séparer les patrimoines. Un compte, une carte, jamais de mélange — même provisoire, même avec l'intention de rembourser le lendemain.

Formaliser. Toute opération entre la société et ses dirigeants ou sociétés liées passe par une convention écrite, à des conditions de marché.

Documenter au moment où l'on décide. Une note écrite expliquant l'intérêt de l'entreprise vaut infiniment plus qu'une explication reconstituée trois ans après.

Un dossier ne se juge pas sur l'absence de position discutable. Il se juge sur la capacité à dire, pièce en main, pourquoi elle a été prise.

Notre mission fiscale

Un doute sur un cas précis se lève en dix minutes.

Ces commandements se récitent facilement et s'appliquent moins facilement : tout dépend de la forme sociale, de l'activité, des montants et de l'identité du bénéficiaire. La question posée avant la dépense coûte toujours moins cher que la même question posée après.